Richard Amalvy | La connerie, une question de management
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"Les cons ça osent tout, c'est même à ça qu'on les reconnait". Michel Audiard.

La connerie, une question de management

Quand on discute entre consultants, on se rend compte que la cause des causes dans la plupart des problèmes que les opérationnels et dirigeants appellent « dysfonctionnements » s’appelle manque de confiance et de coopération dans les organisations. À l’origine de ces problèmes se loge une véritable question de comportement personnel et organisationnel : la connerie. Loin d’être trivial, cet article nous dit que l’on peut se prémunir de la connerie si l’on accepte d’interroger son savoir-être. Un véritable enjeu managérial.


Aucune civilisation, aussi élevée soit elle, n’a réussi à éradiquer la connerie. Les seuls régimes qui suppriment tout sont totalitaires et constituent des conneries criminelles en soi. Alors il ne reste que l’élection démocratique et salvatrice comme piège à cons pour rendre ces derniers minoritaires.

Pour éviter la tendance majoritaire qui conduirait à la bêtise généralisée, Il faut sans cesse faire progresser la nature humaine pour réduire les effets nocifs que la connerie a sur la vie en société. Comme l’erreur, elle est innée. Cette lutte de l’espèce a besoin de l’éducation, acte politique et socratique qui consiste à apprendre sans cesse à savoir et à être, pour édifier des individus développés et épanouis. Yvon Audouard, qui a consacré deux livres à ce sujet reste pessimiste : « Sans espérer que la connerie disparaisse un jour complètement de l’être humain, j’ai longtemps imaginé que le rôle de l’intelligence était de mobiliser ses ressources pour empêcher sa rivale de prendre le pouvoir ; cette certitude n’a cessé de se fissurer au contact des réalités contemporaines, et j’ai aujourd’hui la pénible impression que l’intelligence se met chaque jour davantage au service de la connerie »(1).

Les cons trainent en bande et l’on est toujours à la merci d’un con isolé et opiniâtre. Ils peuvent être jeunes ou vieux, petits ou grands. Audiard nous a appris que c’est parce qu’ils osent tout qu’on les reconnaît (2). Quand la connerie n’est pas trop grave, il ne reste que la compassion nourrie par l’espérance pour la tolérer ou pour l’absoudre. Tout en redoutant les cons de haut rang, Brassens chantait : « quand les cons sont braves… ce n’est pas très grave »(3). Mais la connerie peut être méchante et persistante quand les sales cons d’un camp affrontent sans clairvoyance les sales cons du camp d’en face. Pour sortir des querelles qu’ils nourrissent, on a besoin des plus braves, puisqu’ils le sont moins que les autres. Mais avant Audouard, le même Brassens a bien désespéré de détrôner leur roi.

Personne n’a envie d’être pris pour un con mais cela arrive quand on en rencontre qui le sont plus que soi pour le faire sentir avec insistance. Finalement, chez les cons tout est affaire de nuance et l’utilisation de ce mot dépend de l’intonation que l’on met à le dire et des adjectifs que l’on choisit pour le qualifier. Jean Cros, sculpteur à Lacrouzette, me confia en 1986 qu’il avait de l’affection pour « les cons authentiques ». Depuis, j’essaie de rester authentique à défaut de me départir de cette tare originelle, qui comme le pêché éponyme frappe l’humanité à la naissance. On peut passer sa vie à être moins con que la moyenne et s’appliquer à faire baisser cette dernière sans craindre d’être un con qui a des états d’âmes, ce que je tente ici en continuant de croire que même si un monde sans cons n’existe pas, une monde meilleur est possible.

Vaste programme n’est-ce pas ?

Richard Amalvy

(1) Yvan Audouard, La connerie n’est plus ce qu’elle était, Plon, 1993.
(2) Michel Audiard, dialogues des Tontons flingueurs, 1963
(3) Georges Brassens, Quand les cons sont braves.