Richard Amalvy | De Gaulle dans les écoles de management ?
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De Gaulle dans les écoles de management ?

Appel du 18 juin. Salvateur parce que porteur d’espoir, cet appel reste actuel pour tous les responsables politiques qui ne se résignent pas aux évidences de la conjoncture. Il prouve qu’il est utile d’oser se lever pour dire « non » et agir quand l’inéluctable est annoncé.

C’est ce que le Général de Gaulle a fait au moment où la classe politique française se dépouillait de sa responsabilité au dépend de l’honneur et au profit d’un maréchal glorieux qui prétendait faire le don de sa personne pour couvrir opportunément la lâcheté de cette élite aux abois. Alors que sous le gouvernement de ce vieillard la collaboration a puisé dans les instincts les plus serviles de la nature humaine, de Gaulle, en faux Don Quichotte lucide et pragmatique, s’est appuyé sur ce qu’il y a de plus élevé dans cette nature pour conquérir l’espoir et fédérer ceux qui s’y accrochaient au péril de leur vie. Dans l’honneur les résistants ont été victorieux. Dans le déshonneur les suppôts de Pétain ont été pitoyables. Face à la lâcheté des élites, est-ce l’audace, l’impétuosité, ou est-ce simplement la lucidité face à l’intérêt supérieur qui commande de dire « non » ?

Aujourd’hui, de nombreux Français désespèrent de ne pas voir le bien commun au centre de l’action publique quand la vision de l’avenir est dégradée par la paresse politique des ventres mous ou compromis qui paraissent se moquer du peuple. Ces Français souffrent du confort de la routine administrative, des arrangements et de la prébende, de la bureaucratie et de ses règlements excessifs. Tout ceux qui ne décident rien, que pensent-ils ? N’ont-ils pas ce « non » parfois au bout des lèvres comme une tentation révolutionnaire ? Alors qu’une majorité grandissante reste muette jusque dans les urnes (l’abstention faisant place à la désillusion), une frange non négligeable de français se réfugie dans le vote extrême, croyant voir là la solution à des problèmes sommairement révélés, mais non sagement résolus. Ce « non » légitime manque d’inspiration quand il s’en remet aux bas instincts. Il est plus difficile de guider le peuple par des exigences supérieures car il faut les incarner. De Gaulle, Cyrano amoureux de la France, avait aussi le panache en plus d’un grand nez.

Bien avant son appel historique, ce qui m’inspire chez de Gaulle, c’est l’extrait d’un livre paru en 1932, Le fil de l’épée. Il montre la maturation d’un homme qui anticipe l’attitude de juin 40. Il déploie avec prémonition sa vision de la contingence dans l’action et le rôle pris alors par ce qu’il appelle « l’homme de caractère ». En voici un extrait :

« Face à l’événement, c’est à soi-même que recourt l’homme de caractère. Son mouvement est d’imposer à l’action sa marque, de la prendre à son compte, d’en faire son affaire. Et loin de s’abriter sous la hiérarchie, de se cacher dans les textes, de se couvrir de comptes rendus, le voilà qui se dresse, se campe et fait front. Non qu’il veuille ignorer les ordres ou négliger les conseils, mais il a la passion de vouloir, la jalousie de décider. Non qu’il soit inconscient du risque ou dédaigneux des conséquences, mais il les mesure de bonne foi et les accepte sans ruse. Bien mieux, il embrasse l’action avec l’orgueil du maitre, car s’il s’en mêle, elle est à lui ; jouissant du succès pourvu qu’il lui soit dû et lors même qu’il n’en tire pas de profit, supportant tout le poids du revers non sans quelque amère satisfaction. Bref, lutteur qui trouve au-dedans son ardeur et son propre argent, l’homme de caractère confère à l’action la noblesse ; sans lui morne tâche d’esclave, grâce à lui jeu divin du héros ».

Ce livre devrait être au programme des grandes écoles et des écoles de management. Beaucoup de dirigeants sont formés à gérer et à administrer, mais peu sont prêts à affronter le risque et bien moins à le prendre quand la solution est au bout de l’audace. À tous ceux qui prétendent diriger, il faut inculquer la loyauté vis-à-vis de l’intérêt supérieur, la passion dans la volonté, le refus de la résignation devant l’adversité, la vaillance face à l’effondrement, et pourquoi pas le panache teinté de tempérance puisqu’il faut aussi rester droit avec sobriété quand tout le reste chancelle.

Si le gaullisme n’est pas une doctrine politique, il reste une manière de la concevoir et de la pratiquer.

Richard Amalvy