Richard Amalvy | Communication politique : Veni, vidi, Vichy
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Communication politique : Veni, vidi, Vichy

À l’heure où le FN annonce vouloir créer un ordre des journalistes, contrairement aux années 40 il faut échapper à l’intoxication informationnelle de l’extrême droite et à la mise en scène, par Marine Le Pen, du « don de sa personne ».

Le coup de force de la cheffe du FN pendant la réunion d’Emmanuel Macron avec les représentants syndicaux de Whirlpool montre combien elle profite, non seulement de la crédulité du peuple qu’elle abuse, mais aussi de celle des médias qui, en plein direct, n’ont aucune prise de distance avec ce qui se déroule sous leurs caméras. Mardi à Amiens, elle pouvait faire sienne la formule de Jules César : « Veni, vidi, vici ». Elle est venue, elle a rapidement vu ce qu’il se passait, et elle a médiatiquement et temporairement gagné en imprimant une image tenace dans les esprits. La force de Marine Le Pen est d’oser la guérilla lorsque ses adversaires restent dans le cadre formel des campagnes électorales.

Dans toute organisation politique populiste « l’esprit de propagande se substitue à l’esprit de vérité » et « la démagogie corrompt l’esprit démocratique », nous dit Jean Guéhenno (en 1938). Pour y parvenir, la pensée du parti devient une pensée de masse avec des idées simples, des lieux communs et des raccourcis qui exacerbent et utilisent le manque d’esprit critique toujours latent des citoyens, malgré leur niveau d’éducation et de culture. Cette exacerbation passe par l’outrance dans le dispositif discursif. S’il était facile de combattre le Front national de Jean-Marie le Pen en dénonçant ses dérapages verbaux, il est plus difficile de résister au discours recomposé par sa fille et Philippot. La communication du Front national emprunte les codes de la propagande fasciste. Elle consiste, notamment, à polluer les réseaux sociaux comme à l’époque de Radio Paris et du journal collaborationniste « Je suis partout » : injures et diffamation, antisémitisme et islamophobie, homophobie. Des fausses informations (fake news).

En envoyant ses cartes postales, Marine Le Pen met en scène « le don de sa personne », soutenue à présent par Nicolas Dupont-Aignan qui feint de se sacrifier aussi. À quelques heures du 1er mai et de sa prochaine démonstration de force, il faut échapper à l’intoxication informationnelle de l’extrême droite en ne se soumettant pas à l’émotion et aux différentes tensions qu’elle créées pour empêcher notre réflexivité et celle des médias. Ses intentions sont claires : Veni, vidi, Vichy.

Richard Amalvy